Est-ce la fin de la mode alimentaire SANS GLUTEN ?

Est-ce la fin de la mode alimentaire SANS GLUTEN ?

Dans l’un des meilleurs exemples de travail scientifique, le chercheur qui avait démontré que l’intolérance au gluten (en dehors de la maladie coeliaque) existait chez certaines personnes vient de publier les résultats de 2 études plus solides qui démontrent exactement le contraire.

Ces résultats de recherches ont été publiés dans la revue Gastroenterology.

 

Résumé

L’étude faisait suite à une expérience en 2011 dans le laboratoire de Peter Gibson à l’Université Monash. Cette petite étude non standardisée avait révélé que les régimes contenant du gluten pouvaient provoquer des malaises gastro-intestinaux chez des personnes sans maladie coeliaque, une maladie auto-immune connue déclenchée par le gluten.

C’est ce que l’on a appelé l’intolérance au gluten (non coeliaque).

Le gluten est une protéine qui existe naturellement dans le blé, le seigle l’orge et d’autres céréales. Il donne au pain sa texture élastique et est souvent utilisé comme un substitut de viande. Si vous avez déjà mangé du seitan ou des substituts de viande dans les restaurants asiatiques, c’était alors du gluten.

Le gluten est une grande industrie: 30% des gens veulent manger moins de gluten. Les ventes de produits sans gluten sont estimées à franchir le $ 15 billions de dollars en 2016.

Bien que toutes les autorités médicales s’entendent sur le fait que seulement 1% de la population souffre de maladie coeliaque, 18% des adultes achètent maintenant des aliments sans gluten.

Puisque le gluten est une protéine présente dans tout régime alimentaire normal et qu’il fait partie de l’alimentation traditionnelle de tous les peuples sur la planète, Gibson était insatisfait de sa première conclusion. Il voulait savoir pourquoi le gluten semblait être à l’origine de cette réaction et s’il pouvait y avoir un autre élément dans sa première étude qui aurait pu fausser les résultats. Il utilisa donc une extrême rigueur scientifique pour sa seconde expérience, un niveau généralement peu utilisé dans les études de nutrition.

Les participants utilisés pour l’étude étaient tous des patients qui se déclaraient sensibles au gluten. Voici comment l’étude s’est déroulée :

  • Tous les repas ont été fournis aux participants pour toute la durée de l’étude et ceux-ci ne pouvaient consommer quoi que ce soit d’autre en dehors des repas fournis.
  • Tous les déclencheurs alimentaires potentiels pour les symptômes gastro-intestinaux ont été supprimés, y compris le lactose, tout comme certains conservateurs comme les benzoates, propionate, sulfites, nitrites, etc. De plus, des échantillons d’urine et de matières fécales ont été recueillis pour analyse à chaque journée de l’étude.
  • Les sujets ont reçu 3 types de régimes soit un à haute teneur en gluten, un autre à faible teneur en gluten, et un troisième sans aucune source de gluten, sans avoir de possibilité de reconnaître quel plan alimentaire leur était donné à quel moment.

Résultats

En fin de compte, tous les régimes utilisés durant l’étude incluant le régime placebo (sans aucune trace de gluten) ont causé de la douleur, des ballonnements, des nausées, des flatulences et de l’inconfort à des degrés similaires.

Tous les symptômes étaient les mêmes que le régime contienne du gluten ou non.

«Contrairement à notre première étude … nous n’avons pu trouver aucune réponse spécifique au gluten chez des patients ne souffrant pas de maladie coeliaque…», a écrit Gibson dans son document de recherche. Une troisième étude plus vaste, publiée ce mois-ci a confirmé les mêmes résultats.

Il semble y avoir un effet «nocebo» – les patients qui se disaient sensibles au gluten et qui étaient conscients que l’étude portait sur le gluten ont sans doute été plus attentifs à leur détresse intestinale, car ils devaient porter plus d’attention à leur condition durant l’étude.

De plus, d’autres déclencheurs alimentaires potentiels auraient pu être à l’origine de ce que les participants ont mal interprété comme la sensibilité au gluten. Certains glucides à chaîne courte présents dans certains aliments et qui sont faiblement absorbés peuvent procurer des substances servant à nourrir les bactéries de l’intestin (on en retrouve dans les oignons, les poireaux, l’ail, les légumineuses, les melons, poires, choux-fleur et artichauts par exemple).

Cela n’explique pas pourquoi les gens dans l’étude ont quand même réagi négativement aux régimes qui étaient libres de tous les déclencheurs alimentaires.

 

Références

No effects of gluten in patients with self-reported non-celiac gluten sensitivity after dietary reduction of fermentable, poorly absorbed, short-chain carbohydrates.
Biesiekierski JR1, Peters SL, Newnham ED, Rosella O, Muir JG, Gibson PR.
Gastroenterology. 2013 Aug;145(2):320-8.e1-3. doi: 10.1053/j.gastro.2013.04.051. Epub 2013 May 4.

Non-celiac gluten sensitivity: a critical review of current evidence.
Molina-Infante J, Santolaria S, Montoro M, Esteve M, Fernández-Bañares F.
Gastroenterol Hepatol. 2014 Jun-Jul; 37(6):362-71. Epub 2014 Mar 22.

Gluten sensitivity: not celiac and not certain.
Vanga R, Leffler DA.
Gastroenterology. 2013 Aug; 145(2):276-9. Epub 2013 Jun 24.

Short-chain carbohydrates and functional gastrointestinal disorders.
Shepherd SJ, Lomer MC, Gibson PR.
Am J Gastroenterol. 2013 May; 108(5):707-17. Epub 2013 Apr 16.

Non-celiac wheat sensitivity is a more appropriate label than non-celiac gluten sensitivity.
Carroccio A, Rini G, Mansueto P.
Gastroenterology. 2014 Jan; 146(1):320-1. Epub 2013 Nov 22.